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image issue d’un article original de Courrier International

Le libre échange est une théorie de la colonisation par l’économie du moins offrant, au travers de la « concurrence déloyale » et du « dumping social » organisés à cette fin. Le libre échange s’appuie sur la mondialisation dont l’un des buts essentiels consiste à « spécialiser » les pays, de manière à les rendre « ultra compétitifs » dans leur secteur économique, tout en leur faisant perdre leur autosuffisance par l’interdépendance générale organisée entre eux. Le libre échange est ainsi un moyen de domination proposant aux pauvres des produits très peu coûteux, que d’autres pauvres, par ailleurs, auront ainsi fabriqué. Il est clair que cette idéologie vise davantage en un contrôle des masses qu’à l’augmentation de leur bonheur. Il est donc évident que seule une petite superclasse mondiale de privilégiés, en retirera la quasi-totalité des profits. Afin de conforter cette idéologie, il sera en outre fait appel à des auxiliaires », tels que l’organisation volontaires de pénuries, l’abaissement des protections sociales, voir de  l’insécurité et du terrorisme artificiels, de manière à ce que la peur, ainsi engendrée, dissuade de la moindre intention de rébellion contre un tel système.

Avantages et inconvénients du libre-échange

Présenté comme la panacée universelle, et le système qui optimise le mieux les moyens de production, le libre-échange génère un ensemble de coûts non pris en compte par le système économique actuellement en place, le capitalisme.

La mise en compétition des travailleurs des pays développés avec les mains-d’oeuvre abondantes, peu qualifiées, sous-payées et exploitées (y compris le travail des enfants) des pays en développement, ne peut que conduire qu’à un nivellement par le bas des salaires et des acquis sociaux. Qu’on l’appelle « dumping social », « course perpétuelle au moins-disant ».

Pour les pays développés

Les conséquences diffèrent selon la flexibilité des salaires :

Salaires flexibles : baisse des salaires des travailleurs les moins qualifiés et, à l’inverse, hausse des salaires des plus qualifiés. Il en résulte un accroissement sensible des inégalités (ex : Etats-Unis, Royaume-Uni).

Salaires non flexibles (salaire minimum légal) : délocalisation d’activité, augmentation du chômage et pression productiviste sur ceux qui travaillent (ex : France, Allemagne).
Les emplois les plus « qualifiés » ne sont pas à l’abri d’un tel phénomène. En effet, il ne fait aucun doute que d’ici quelques années des pays comme la Chine et l’Inde sauront mettre sur le marché mondial du travail des dizaines de millions de salariés ou cadres qualifiés.

Contrainte extérieure
Les pays ayant un déficit de leur commerce extérieur doivent emprunter sur le marché international pour se procurer des devises. Ces dettes génèrent une contrainte financière qui va peser sur la politique intérieure : ralentissement de la croissance, chômage, réduction des investissements.

Les pays en développement profitent-ils réellement du libre-échange ?

poissonsBilan qualitatif défavorable
La théorie économique semble montrer que le libre-échange est globalement créateur d’emplois mais ce bilan quantitatif doit être relativisé par une vision plus qualitative. Les emplois créés sont moins bien rémunérés et avec une protection sociale dégradée.

Un handicap par rapport aux pays développés
Seuls les pays riches sont en mesure de soutenir certaines de leurs activités, telle l’agriculture, par des formes de subventions autorisées (ex : PAC pour l’Union européenne) alors qu’ils imposent aux pays les plus pauvres d’abandonner le seul moyen de protection dont ils disposent, les barrières douanières.

Des spécialisations plus ou moins profitables
Les spécialisations que génère le libre-échange ne sont pas équivalentes. La réalisation de produits manufacturés nécessite la maîtrise de tout un processus de fabrication, tandis que les extractions de matières premières ne conduisent pas à une industrialisation.

A la merci des aléas de la fixation des prix
En l’absence d’instances de régulation, les prix, soumis à la loi du marché, peuvent se révéler « désavantageux » à un moment donné pour une nation (concurrence faussée, cartel, spéculation…) et provoquer une grave crise.

Dans les pays pauvres ou en développement, les peuples sont les victimes à la fois des grandes puissances et de leurs propres classes dirigeantes qui s’enrichissent sur leur dos.

Conclusion

Le libre échange ne présente pas que des inconvénients, il permet dans certaines conditions aux pays les plus pauvres de se développer plus rapidement. Mais, dans un régime capitaliste, le libre-échange débridé est un système non équitable qui s’apparente à une guerre économique entre les travailleurs du monde entier pendant que les détenteurs du capital engrangent les bénéfices.

Faut-il laisser partir en fumée sans réagir, comme une certaine gauche complaisante qui se dit « réaliste », l’a fait lorsqu’elle était au pouvoir, tous les acquis sociaux obtenus depuis près de deux siècles ?

Pierre Tourev

 

Accord de libre-échange transatlantique (TAFTA) : la démocratie en danger !

arton2587-9b00e-d45a2Alors que s’est ouvert hier la deuxième session de négociation d’un Pacte transatlantique sur le commerce et l’investissement (PTCI) entre les États-Unis et l’Europe, l’Aitec et Attac alertent sur les risques qu’implique un tel accord pour les droits fondamentaux des citoyens d’Europe et d’Amérique. Elles publient à cette occasion une lettre d’interpellation adressée à la Ministre du commerce extérieur N. Bricq [1] demandant au gouvernement de suspendre leur engagement dans ce processus tant qu’un véritable débat public n’a pas eu lieu et que les documents négociés et positions du gouvernement français ne sont pas rendus publics.

En effet, ces négociations, comme celles de l’Accord avec le Canada, se sont engagées dans la plus grande opacité : ni l’opinion publique ni ses représentants n’ont eu accès au mandat de négociation. A contrario, les entreprises et leurs groupes d’intérêt jouissent d’un accès privilégié aux négociateurs européens, puisque sur 130 réunions organisées avec les « parties prenantes », l’organisation CEO nous apprend que la Commission européenne a reçu 119 fois les représentants des multinationales [2].

Nos organisations unissent leurs voix pour dénoncer ce processus anti-démocratique, à celles de dizaines d’autres organisations au niveau français, européen et aux Etats-Unis. Elles s’engagent à faire connaître d’ores et déjà les dangers sociaux, environnementaux et sanitaires que comporte cet accord et interpeller leurs députés sur les enjeux de cet accord.

Un accord qui vise avant tout l’harmonisation des normes

Cet accord s’attaque aux droits de douanes, en particulier dans les secteurs où ils sont restés importants, comme dans l’agriculture. Mais il vise avant tout une harmonisation des règles en matière de production agricole ou industrielle, protection des données numériques et licences, mesures de prévention des risques environnementaux et sanitaires, etc. Sous couvert de cette harmonisation, le PTCI menace en réalité des choix collectifs historiques en France. Qu’en sera-t-il, par exemple, de l’interdiction d’exporter vers l’Union européenne de la volaille désinfectée avec des solutions chlorées ou du bœuf aux hormones ? Des réglementations sur les produits chimiques (telle que la directive REACH), beaucoup plus contraignantes en Europe qu’aux États-Unis ? Ces risques sont clairement avérés dans un rapport commandité par la Commission ENVI du Parlement européen qui recommande aux parlementaires européens de redoubler de vigilance quant aux risques pour l’Europe de perdre ses standards de protection dans le domaine de l’environnement et de la sécurité alimentaire [3].

Un accord qui consacre la suprématie des droits des investisseurs sur nos droits démocratiques

D’après les fuites, le mandat inclurait l’inacceptable mécanisme d’arbitrage des différends États-investisseurs. Ce type de mécanisme, dit de « protection des investissements », ouvre le droit à une entreprise de poursuivre un État ou une collectivité locale si une réglementation fait entrave au commerce et la prive de bénéfices escomptés ; le différend sera arbitré par un panel d’experts privés, de façon discrétionnaire et en dehors des juridictions publiques nationales, régionales ou multilatérales. Les entreprises multinationales accéderaient ainsi à un puissant outil pour contester et décourager toutes décisions politiques affectant leurs profits. Nos organisations viennent à ce titre de publier un rapport « Une déclaration transatlantique des droits des entreprises » [4] alertant sur ces dangers et les risques de voir une inflation de ces conflits. Il revient sur certains cas emblématiques telles que les poursuites du géant du tabac Philip Morris contre l’Uruguay et l’Australie relatives aux avertissements sanitaires sur les paquets de cigarettes ou la plainte récemment déposée par la société états-unienne Lone Pine contre le Québec concernant son moratoire sur l’extraction (fracturation) controversée du gaz de schiste.

Un accord qui aura des répercussions mondiales

En outre, les retombées de cet accord dépassent largement nos frontières puisqu’il s’agit à terme d’articuler l’AECG (Accord économique et commercial global) entre l’Union européenne et le Canada et le PTCI pour aboutir à la construction d’une vraie zone de libre-échange transatlantique qui couvrirait plus de la moitié de l’économie mondiale. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard de calendrier si le 18 octobre dernier a été acté publiquement un accord politique sur l’AECG. La négociation parallèle d’un accord de commerce et d’investissement entre les États-Unis et 12 pays de zone Pacifique (TPPA) permettra encore d’élargir la superficie et l’hégémonie de ce « supermarché » global, afin à terme d’imposer ses règles à l’ensemble de la planète.

Le Commissaire européen au commerce, Karel De Gutch, ne s’en cache d’ailleurs pas : « Avec le Canada, ces deux pays nous donneront la masse critique – plus de la moitié de l’économie mondiale – qui nous permettra d’élaborer des normes qui ont vocations à devenir mondiales » (K. De Gutch, entretien dans Libération du 29 octobre 2013)

Les enjeux de cet accord sont donc gigantesques. Mais pour quels bienfaits ? Appliquant les projections très optimistes proposées dans l’étude d’impact préalable commandée par la Commission européenne [5], l’économiste Dean Baker, du Center for Economic and Policy Research , basé à Washington, a conclu que le PTCI générerait une augmentation moyenne de pouvoir d’achat individuel… de 50$ annuels, ou 15 cents par jour ! Nos droits les plus fondamentaux ne valent-ils pas plus que ça ?

Notes

[1] http://aitec.reseau-ipam.org/IMG/pdf/Lettre_ouverte_a_la_Ministre_du_commerce_Mme_N-_Bricq_11-11-2013.pdf

[2] Corporate Europe Observatory. European Commission preparing for EU-US trade talks : 119 meetings with industry lobbyists. 4 September 2013, http://corporateeurope.org/trade/2013/09/european-commission-preparing-eu-us-trade- talks-119-meetings-industry-lobbyists

[3] Cf. http://www.ecologic.eu/10074

[4] http://aitec.reseau-ipam.org/IMG/pdf/TTIPinvestmentFR_VF.pdf

[5] http://trade.ec.europa.eu/doclib/docs/2013/march/tradoc_150737.pdf

Proposé par

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Nicolas Dupot-Aignan considère que le TAFTA est anti-démocratique

imagesAlors que l’on peine à distinguer les avantages du marché unique européen pour la France, qu’adviendra-t-il dans le cadre d’un marché transatlantique ?

Une conférence très «select» s’est tenue à Paris ce jeudi 10 avril, dans un silence médiatique assourdissant. A cette occasion, Karel de Gucht – commissaire européen chargé des négociations commerciales transatlantiques – s’est adressé à une audience fort singulière.

Chaque spectateur devait avoir déboursé 1490 euros pour «en être»… On devine sans trop de difficultés que cet événement était exclusivement destiné aux quelques lobbies tenant déjà le haut du pavé bruxellois.

Les négociations visant à la mise en place d’un accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Union européenne ont officiellement débuté en juillet 2013. Depuis lors, quatre tours de pourparlers se sont déjà déroulés. Les plus pressés appellent à une conclusion rapide du processus. Parmi ceux-ci, on retrouve évidemment François Hollande, lequel réclama encore une accélération des discussions lors de son récent voyage à Washington.

Or, cet accord a été élaboré dans l’opacité la plus absolue. Bruxelles cherche sans doute à gagner du temps jusqu’aux élections européennes, évitant d’aborder le sujet avant que les citoyens ne s’expriment. Mais ne nous y trompons pas: les technocrates n’auront aucun scrupule à le ressortir une fois cette échéance passée.

Cet accord a été élaboré dans l’opacité la plus absolue. Bruxelles cherche sans doute à gagner du temps jusqu’aux élections européennes, évitant d’aborder le sujet avant que les citoyens ne s’expriment. Mais ne nous y trompons pas : les technocrates n’auront aucun scrupule à le ressortir une fois cette échéance passée.

Ce mode de négociation à marche forcée, sans aucun débat préalable en France ni dans le reste de l’UE, s’avère particulièrement inquiétant pour notre démocratie. Le principe de cette zone transatlantique n’a jamais fait l’objet d’un quelconque vote souverain. Il dévoile une fois encore la réalité de cette «Union», machine de guerre au service exclusif d’intérêts privés.
Plus inquiétant encore, les gouvernements nationaux sont toujours privés d’informations sur la teneur concrète des négociations. Les Etats-Unis, obsédés par le risque de fuites, refusent en effet les demandes de transmission de leurs documents vers les pays européens.

La solution proposée par l’administration américaine est aussi ridicule qu’inacceptable: afficher les fichiers de négociation des États-

Unis dans une salle de lecture spéciale, supervisée par un garde de sécurité. Les fonctionnaires ne seraient pas autorisés à copier des documents ou à emprunter des copies papier des fichiers.

Au-delà des méthodes employées, le contenu de ce traité soulève également de graves questions. D’abord, contrairement aux poncifs avancés par l’argumentaire officiel, parce que ces accords ne visent pas simplement à diminuer les obstacles tarifaires au commerce – ceux-ci étant déjà très faibles. Ils ont pour objectif véritable l’harmonisation des normes sur l’ensemble des secteurs marchands, c’est-à-dire un nivellement social et environnemental par le bas.

Alors que l’UE a déjà bien du mal à dégager des normes protectrices pour les Européens, ces projets d’accord démontrent une nouvelle fois que les ambitions de Bruxelles ne visent pas le bien-être, la santé et l’emploi des 505 millions de citoyens soumis à son règne.
A ce titre, l’exemple du secteur alimentaire est particulièrement frappant. Il révèle une Commission européenne déjà largement acquise à la cause des multinationales: difficulté d’étiquetage des aliments et de traçabilité des plats cuisinés et des descendants d’animaux clonés, procédure d’autorisation des OGM, réintroduction des farines animales….
Il n’existe par conséquent aucune garantie de protection des intérêts français. Les prévisions les plus

optimistes, seul argument brandi par les technocrates européens, tablent sur une croissance de 1% du PIB de l’UE, ce qui, entre parenthèses, nous avait été promis également avec l’adoption de l’euro. Mais quels seront les Etats et les secteurs gagnants?

Alors que l’on peine à distinguer les avantages du marché unique européen pour la France, qu’adviendra-t-il dans le cadre d’un marché transatlantique?

Par ailleurs, les projets d’accords avec le Canada et les Etats-Unis prévoient l’instauration d’un mécanisme de règlement des différends entre Etats et investisseurs devant des tribunaux privés. Les risques inhérents d’opacité, de partialité et de pression sur les choix souverains des gouvernements sont foncièrement inacceptables.

Parallèlement, le gouvernement français ne semble toujours pas s’intéresser à la préoccupante question de la parité monétaire euro-dollar, laquelle pourrait être aggravée dans le cadre d’un tel accord de libre-échange.

Face à ce constat d’illégitimité, d’incompétence et de déloyauté, les Français devront saisir l’occasion historique qui se présentera le 25 mai prochain. Contre ce traité de toutes les fautes, il importe de les Français se fassent entendre lors du scrutin des prochaines élections européennes. Avant qu’il ne soit trop tard…

 

Proposé par

LE FIGARO